Légendes et traditions

en Forez


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Le surnom d'anou donné aux habitants de Montbrison :

"François I° entrait à Montbrison

Et le bailli lui lisait sa harangue.

Or, tout auprès, un âne, vieux grison,

Complimentait le Sire dans sa langue.

En ce moment, rapporte un vieil auteur,

Qu'on aurait tort de supposer menteur,

Le Roi François, gaillard et bon apôtre,

Leur dit : Messieurs, parlez l'un après l'autre."

Il existe une autre version.

"D'un vieux vin de Purelle ayant bu deux bouteilles

Le Roi dit au bailly, mais sans songer à mal :

Les gens de ce pays ont, dit-on, des oreilles

Longues... à faire envie à certain animal...

Le bailly répondit : leur longueur vous étonne

Et Votre Majesté daigne s'en occuper !

Eh ! c'est que nous n'avons encor trouvé personne

capable de nous les couper !"

Suivant une autre tradition, les Montbrisonnais offrirent à l'un des quatre ou cinq rois qui visitèrent leur ville, une ânesse blanche, présent qui n'était nullement ridicule au Moyen-Age. Le roi fut enchanté du cadeau et il tenait tellement à son âne qu'il avait juré la mort de celui qui lui annoncerait le trépas de la bête ; ce qui n'empêcha pas la bête de crever. Le difficile était d'en porter la nouvelle à Sa Majesté. Quelqu'un se dévoua et arriva tout en pleurs auprès du Roi :
- Hélas ! Sire, l'âne ...
- Eh bien ! que lui est-il arrivé ?
- Sire, l'âne ... Sire, l'âne ...
- Il est mort, s'écria le Roi.
- Sire, ce n'est pas moi qui l'ai dit ! répliqua le messager qui, du reste, en fut quitte pour la peur

Ces anecdotes sont apocryphes et il faut chercher ailleurs l'origine de ce surnom, soit dans une allusion au caractère doux et patient des Montbrisonnais, soit dans l'affluence des ânes que des marchés importants attirent dans leur ville.

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Archi : coffre où les paysans rangent leur linge, leur argent. La clé du coffre, ou la cheville qui en tient lieu, remplace souvent le gros bouton de cuivre, commensura, qui retient la partie antérieure des brayes.A St Etienne, les arches étaient des réservoirs pour le poisson, en bois de chêne, et placés, au pré de la foire, sur la rive droite du Furens. C'était le rendez-vous des filous et des vagabonds. A Montbrison, la rue des Arches a la même origine.

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Archipot : espèce de mets particulier aux montagnes du Forez et usité pour les noces ou les fêtes paroissiales. C'est une véritable olla podrida fortement épicée, composée de viande de boeuf et de pieds de porc hâchés avec du pain blanc, et que l'on remue avec une grosse branche de laurier.

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Armaille : armoire. Le luxe des paysans consiste en partie dans les belles armailles de chêne bruni, avec des ornements en cuivre découpé et repoussé. Ce meuble est toujours compris dans la dot d'une fille.

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Arôre : charrue. Les principales parties de l'arôre sont : la maître, bloc de bois qui forme le corps de la charrue ; la quoua ou l'estève, le manche ; les orilles ou oreilles ; l'echambousson ou la chamboussi, littéralement jambe de boeuf, pièce adaptée à la maître et qui se recourbe en avant ; la tendille ou tardalla, vis qui sert à rapprocher ou éloigner la chamboussi du corps de la charrue ; la prôla, cheville placée à l'extrémité de la chamboussi, qui sert de timon, et à laquelle on attache la chaîne, chanèva, correspondant au joug ; la reille ou soc, adaptée au bout de la maître et retenue par une morle ou virole de fer.

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Aura : vent. Il y a quatre sortes de vents : la cizampa ou bise (nord) ; la travarse ou mountaneiri (ouest) ; le vent (midi) ; le matinat (est).

"Quant le matinat court avant meijour

N'aurans de ploye avant trae jours."

 

"Quand vou plot pa la bisi,

Vou moille jusqu'à la chemisi.

Quand vou plot pa le vent,

Vou moille jusqu'au pan"

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Aveille : abeille. Dans le Forez, comme dans d'autres anciennes provinces, les abeilles sont les amies de la famille, et participent à ses joies et à ses chagrins. Quand il meurt quelqu'un dans une maison, on leur fait porter le deuil en attachant un morceau de crêpe à la ruche. S'il survient, au contraire, un mariage ou un baptême, on y attache un ruban rouge. Il est défendu de mal parler ou de jurer autour des ruches. La reine, que de tout temps les paysans ont nommée la mère, périrait immédiatement.

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Bachassi : la bachasse et le dressoir sont les principaux meubles d'une ferme et sont toujours frottés et cirés avec le plus grand soin. On raconte, en plaisantant, qu'une brave vieille femme, dont la vache était malade, s'adressait, en ces termes, au bon saint de bois de son église, lequel saint avait été fabriqué avec le même arbre que son pétrin : San Barthomio, frâre de noûtra bachassi, guarissi noutra vachi.

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Baritet : les meuniers foréziens sont loin de jouir d'une grande réputation de probité. Au lieu de prendre dans le sac qu'on leur donne à moudre l'écuellée de grains que leur accorde l'usage, ils en prennent plutôt trois, suivant en celà le conseil du baritet, qui va répétant par son tic-tac: prends par te, par me, par l'ânou : prends pour toi, pour moi, pour l'âne.

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Bouron : araignée. Les mères qui donnent un raisin à un enfant n'oublient jamais de lui recommander de ne pas avaler le bouron. Cet insecte tisse sa toile dans le ventre et l'on ne tarde pas à en mourir, dit-on.

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Brandons : On nomme dimanche des Brandons, le premier dimanche de carême. Ce jour-là, aussitôt la nuit venue, des milliers de feu de joie s'allument à la fois sur la montagne et dans la plaine. On en donnait le signal autrefois en jetant un flambeau allumé du haut de la plus haute tour du château à Montbrison.

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Campanaire : sonneur de cloche. Le clocheteur des trépassés existait encore dans les petites villes du Forez au début du 19° siècle. A la mort de quelqu'un, il parcourait les rues en criant : Réveillez-vous et priez pour le pauvre corps de N. qui est trépassé.

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Caramentran : fête du mardi-gras. Il y a deux caramentrans : le vieux, qui se célèbre le mardi-gras, et le jeune, celui du dimanche des bures. Le mannequin que l'on portait en procession ce jour-là, est le manducus des latins; "Elle avait un masque en façonn de teste d'homme avec de grosses et amples maschoires et de grandes dents qu'elle faisait peter l'une contre l'autre, ouvrant une grande gueule, afin de faire fuir les spectateurs en riant."

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Chandelon : petit cierge. Lorsqu'un enfant est malade, on fait les chandelons. Voici en quoi consiste cette cérémonie : on colle trois petits cierges au mur de la cheminée. L'un est en l'honneur de la Vierge, l'autre de Saint Fortunat ou de tout autre saint patron des enfants ; le troisième est pour ... la mort. Le cierge qui finit de brûler le premier indique s'il faut amener l'enfant en pélerinage ou si tout remède est inutile.

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Chinève : chanvre. Lorsque le chanvre est coupé, on le met naisâ, rouir. On le place en matte sur le bord de l'eau et on le fait sécher à l'epandao. On le réunit en fagots ou boessies pour le faire bluyâ, tiller. La filasse est réunie en coumba ou ballot, pour être écrasée sous la meule. On en fait ensuite des tresses ou battaos. Dix ou quinze battaos forment une messie. Lorsque le chanvre est peigné, on le sépare en oeuvre ou plan qui se file pour le linge et en pignoeures, bourres ou étoupes.

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Chiôrot, chûrot : chevreau. On nomme les chevreaux lous meynas de Pâques à cause de la ressemblance de leur bêlement avec les vagissements des enfants et parce que les chèvres mettent bas aux environs de Pâques.

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Chirat, chiratei, chirei : tas de pierres. On appelle chirats les amoncellements de pierres que l'on voit sur les pentes du Mont Pilat et qui proviennent de l'éboulement des pics supérieurs renversés par quelque commotion inconnue. Le pic des Trois-Dents, déchaussé par les neiges, crevassé et presque émietté sous l'action de l'atmosphère, est destiné à former des chirats dans un temps plus ou moins éloigné. Le proverbe les pirres s'en vant toujours au chiré correspond au proverbe français : l'eau va toujours à la rivière.

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Chorire : poutre. Dans la charpente des toits qui forme un triangle, la chorire est la grosse poutre qui est la base du triangle, les tinaillons sont les deux autres côtés. On appelle puncillon la petite pièce de bois qui partage le triangle en deux parties égales.

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Culard : lutin. Il a la forme et la grosseur d'un boisseau et porte une lanterne sur le dos. Pendant la nuit, il s'en va sautillant le long des chemins et entraîne les passants dans les fossés, puis les abandonne en ricanant.

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Darbon, drabon : taupe. Suivant une tradition forézienne, les fées s'étant révoltées contre Dieu, furent changées en darbons et condamnées à ne jamais voir le jour. Les pattes de la taupe ressemblent à de petites mains, ce qui prouve bien la vérité de cette métamorphose.

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Darnea-pendard : pie-grièche. Au dire des paysans, la pie-grièche est chargée d'exercer la justice parmi les petits animaux. On trouve souvent fixés aux épines des buissons, des insectes, des lézards exécutés par elle en punition de leurs méfaits De là vient son nom de pendard.

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Dilün : lundi. Les paysans ont conservé aux noms de la semaine l'ordre des mots latins : dilün, dies lunae; dimars : dies martis; dimècre : dies mercuris; dijô : dies jovis; divendre : dies veneris; disande : dies sabbati; la diomanchi, la dimège, etc. On dit aussi de façon absolue : lun, mars, mècre, etc surtout lorsque le nom est précédé de l'article, le mècre, le jô, le vendre, le sande, etc

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Ecoussou : fléau à battre le blé. L'ecoussou se compose d'un manche ou essiot, du fléau proprement dit, le varjat, de deux morceaux de coliou ou cuir troué, adaptés à l'essiot et à la varjat et réunis par la meiana ou corde en peau d'anguille.

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Filliâtre : gendre. A Chalmazel, à Cousan, le filliâtre devait une brebis au seigneur le lendemain de son mariage.

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Fourma : fourme. Les fourmes sont rondes ; leur hauteur est de 25 à 30 cm, leur diamètre de 8 à 10. Cinq fourmes liées ensemble avec de la paille forment un lien de fourmes. On les vend dans les marchés de la Loire et des départements voisins. Celles qui sont blanches et creuses, ce qui provient d'une mauvaise pâte, se nomment putes, tout simplement et sans malice.

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Fournaè : cheminée. La grosse poutre de la cheminée porte le nom de trat dau fournaè ou trafournaè. On donne au fils aîné d'une famille le titre d'héreti dau trafournaè, héritier du foyer ; on lui accorde du reste tous les avantages sur les héritages et successions. C'est pour l'aider à soutenir la maison. Dans les anciennes fermes, les cheminées sont immenses et, suivant le dicton, une charrette de foin passerait dans la gaine. Autrefois, le foyer n'était pas adossé au mur, et l'on pouvait faire cercle tout autour. Les poutres transversales auxquelles on suspend les jambons et les ételles se nomment jugoeres, chamberoux, etc...

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Gaga : surnom des habitants de St Etienne. Des étymologistes trop savants ont trouvé l'origine de ce mot dans gagate, terme qui, en grec, signifie pierre noire, jais. Nous pensons que ce sobriquet a été donné aux Stéphanois à cause de la sonorité et de la volubilité de leur patois qui contraste étrangement avec le parler lent et mesuré des habitants de la plaine.

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Ganipa : mauvais sujet. Le vocabulaire des injures patoises est d'une variété extraordinaire. Ce mot étant un des plus répandus, nous profitons de l'occasion pour renvoyer le lecteur désireux de tenir tête à une revendeire gagasse, aux mots : sampa, suarpi, liarpa, dépoilli, gaffe, peilli, faraman, gaupa, garauda, louéri, franla, vourpa, rippa et autres.

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Jaune : ce nom est pour les bouchers de St Etienne la plus sanglante insulte. On sait que les juifs, nommés aussi jaunes dans le Midi à cause des habits de cette couleur que la loi les obligeait à porter, tuent eux-mêmes les animaux dont ils se nourrissent. Peut-être est-ce là l'origine de ce surnom !

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Loge : châlet des montagnes de Pierre-sur-Haute. La loge renferme, au rez-de-chaussée, le cuvage ou cellier et au-dessus, une petite chambre. On va y boire en société le dimanche et quand vient le soir, il n'est pas rare de voir, dans certaines localités, les femmes aller aux loges en procession, chercher leurs ivrognes de maris.

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Menuses : menues parties du cochon. Lorsqu'un chef de famille tue un porc, il invite les jeunes gens qui font la cour à ses filles, à venir manger les menuses et boire sur le doux.

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Picaronio : jeu très ancien connu dès le 14°siècle sous le nom de piqueromier. Voici en quoi consiste ce jeu. Les enfants se placent en cercle : l'un d'eux, armé d'un piquet de bois, tourne tout autour en chantant : j'ai perdu la couévette. Et il laisse tomber le morceau de bois derrière l'un des joueurs. Celui-ci poursuit le premier en le piquant dans le dos, jusqu'à ce qu'il ait pris sa place dans le cercle, et recommence à son tour le même manège. Si celui derrière lequel est le morceau de bois ne s'en aperçoit pas, l'autre au tour suivant, le ramasse et en pique le joueur distrait en le poursuivant jusqu'à ce qu'il ait retrouvé sa place.

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Quinet : jeu qui se fait avec un morceau de bois taillé en pointe aux deux extrémités. En frappant sur une des pointes avec un autre morceau de bois, on lance le quinet en l'air et on le rejette comme avec une raquette.

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Repouêtre : repas des paysans. Les habitants de nos campagnes suivaient la vieille maxime : lever à cinq, disner à neuf, soupper à cinq, coucher à neuf, fait vivre l'homme neuf fois neuf

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Savâ : dégager la sève. Les enfants qui font des sifflets frappent avec le manche de leur couteau sur l'écorce pour la séparer du bois et chantent en mesure ce refrain : sava, sava, quio de Madama ! savassieu, quio de Monsieu !

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Trueil : pressoir. Le trueil se compose : 1° de la bachâsse ou table à rebords sur laquelle on met le gène ou marc de raisin ; 2° de la chana ou conche, goulot par où coule le vin ; 3° de la trappe qui pèse sur le marc ; 4° des caillons que l'on place sur la trappe ; 5° de l'âne, pièce de bois au bout de la vis de pression ; 6° de l'étampon ou barre qui sert à faire descendre la vis.

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